L’eau potable en Côte d’Ivoire : Le « gaspillage » impuni des stations de lavage autos.

L’eau potable est de plus en plus chère et rare. Malheureusement sa gestion, au niveau des structures compétentes, peine à intégrer ces facteurs.  Quelle eau utilise-t-on dans les stations de lavage automobiles à Abidjan ? A cette question, M. Camara, gérant d’une station de lavage autos à Treichville-Abidjan répond : « avant j’utilisais l’eau de Sodeci. J’avais un compteur domestique et je payais régulièrement mes factures qui oscillaient entre 200 à 300 mille francs CFA…Ça me revenait trop cher et le bénéfice n’était pas trop grand. Maintenant j’ai fait faire un forage. Depuis j’utilise l’eau de forage». M. Bamba, gérant d’une station de lavage autos à Angré, soutient, quant à lui, avoir opté pour un abonnement commercial à la Sodeci. « Mes factures oscillent entre 150 et 300 000 F CFA le mois ». M. Mobio, gérant de station de lavage autos à la riviera Palmeraie, aborde dans le même sens. Toutefois, a-t-il conseillé, « il faut avoir des relations à la Sodeci ». Non sans ajouter que souvent « les factures sont tellement élevées  qu’il faut « gérer » avec quelqu’un à la Sodeci. Sinon ça bouffe tout ton bénéfice ».

              Avec ces montants de facturation, ces gérants de lavage autos consommaient au minimum entre 350 à 500 mètre cubes d’eau potable par trimestre pour M. Camara ; et 100 m3 à 150m3 par mois chacun pour messieurs Bamba et Mobio parce qu’ils ont chacun un abonnement commercial. En supposant que 100 stations de lavage utilisent l’eau de Sodeci comme M. Camara autrefois, elles « consommeront » 35 000 m3 à 50 000 m3 d’eau par trimestre. Soit 140 000m3 à 200 000 m3 d’eau potable par an. En face, si 100 stations utilisent l’eau de la Sodeci avec des abonnements commerciaux comme Messieurs Mobio et Bamba, ce sont l’équivalent minimum de 10 000 m3 à 15000 m3 d’eau qu’elles  utiliseront par mois. Soit un minimum de 120 000 m3 à 180 000m3 d’eau par an. Quel gâchis ?  Combien de stations de lavage autos existent à Abidjan ? La réponse à cette question situera l’opinion nationale sur la gravité de ce gaspillage d’eau potable au vu et au su de tout le monde. Et dire que l’eau, source de vie, sera  dans les 50 voire 100 prochaines années une ressource rare et donc plus chère qu’elle ne l’est aujourd’hui. Quelle est la stratégie de gestion de l’eau potable en Côte d’Ivoire ? Existe-t-il une planification de l’eau potable en Côte d’Ivoire ? Pense-t-on vraiment aux générations futures qui seront face à cette rareté de l’eau potable dans, tout au plus, un siècle? Le bon père, n’est-il pas le père -le dirigeant d’aujourd’hui- qui vit et travaille pour, au moins, trois générations de descendants ! Va-t-on continuer de laisser les stations de lavage d’autos  « gaspiller » l’eau, cette ressource sans laquelle il n’y a pas de vie ? Pourquoi ne pas leur offrir des solutions alternatives de lavage autos? Retraiter l’eau des ménages aux fins d’utilisation dans lesdites stations par exemple…Que font la Sodeci, l’office national de l’eau potable, la direction générale des ressources en eau et, par extension, le ministère des infrastructures économiques à qu’il revient d’organiser et de faire appliquer une bonne politique prospective d’utilisation de l’eau potable en Côte d’Ivoire ?  

               Comme M. Camara, certains gérants de station de lavage pouce l’audace jusqu’à puiser directement l’eau  depuis la nappe phréatique abidjanaise sans frais payer à l’Etat de Côte d’Ivoire. Combien sont-ils à assécher impunément la nappe d’eau abidjanaise? Combien puisent-ils par mois et par an dans une nappe d’eau, elle-même déjà trop sollicitée?

                  Et si on interdisait purement et simplement l’utilisation de l’eau potable dans les stations de lavage autos ? Au reste, comment lave-t-on les véhicules sous d’autres cieux, précisément dans les pays désertiques ?

C’est le lieu de déplorer qu’au même moment, les 500 000 m3/Jour d’eau dont ont besoin les ménages abidjanais sont loin d’être couverts quantitativement et qualitativement par la Sodeci, l’office national de l’eau potable, la direction générale des ressources en eau et, par extension, le ministère des infrastructures économiques. En effet, l’eau disponible dans les châteaux d’eau et prêtes à alimenter les ménages sont en deçà des besoins. Un rapport de la brigade eau potable, une entité sous tutelle du ministère des infrastructures économiques, publié en avril 2015, fait état de ce que seulement un peu plus de 70% des ménages dans les dix communes d’Abidjan ont de l’eau 24H/24H contre 20% qui reçoivent de l’eau par intermittence, et 9% qui ne reçoivent pas de l’eau au robinet. En outre, plus 54% des abidjanais déclarent avoir de l’eau avec une bonne pression contre 46% qui ont de l’eau avec une faible pression.

                 Nonobstant ce fait, il faut souligner les quelques efforts gouvernementaux des dernières années avec les forges à Anyama, à Bo et Yopougon. Malheureusement ces efforts ont des limites. En effet, les forages sur la nappe d’eau de Bonoua et d’Anyama permettront aux ménages abidjanais d’avoir de l’eau, en quantité et en qualité dans les robinets, seulement jusqu’en 2018. Au-delà, il faut trouver de nouvelles ressources d’eau pour le renforcement de l’alimentation en eau potable dans la capitale économique qui connait une croissance continue au niveau démographique. C’est le lieu d’indiquer que depuis 2014, l’Etat a identifié  la lagune Aghien et des études sont en cours pour prendre fin en 2017. En point de mire, attester de l’aptitude quantitative et qualitative de la lagune Aghien à la production durable d’eau potable pour le district d’Abidjan. Il faut noter qu’Aghien est une eau de surface, dont la zone d’influence du bassin couvre une superficie de 365 Km2.

Il faut rappeler que pour combler les déficits financiers et assurer de façon durable l’approvisionnement en eau potable des populations, les besoins en investissement dans le secteur sont estimés à plus de 645 milliards de francs CFA sur la période 2009-2040.

Aujourd’hui et parce que  l’eau n’est pas une ressource inépuisable, il importe, plus que jamais, pour les gouvernants d’avoir une gestion plus que rigoureuse de cette ressource.  A quand donc une gestion durable assortie de sanctions dans ce secteur ?

Georges KOUASSI

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L’eau potable en Côte d’Ivoire : Le « gaspillage » impuni des stations de lavage autos.

par Georges KOUASSI temps de lecture: 4 min
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