CÔTE D’IVOIRE : L’urgence de moderniser la filière cacao pour qu’elle profite autant à la nation qu’à tous ses acteurs.


L’économie ivoirienne se porte toujours bien. Cependant il traine un boulet qui, s’il n’est pas pris en charge et résolu, constituera sa perte. Car le chocolat devient de plus en plus un produit de luxe pour la majorité des consommateurs. Le prix d’une boîte de chocolat avec un assortiment de 24 pièces peut dépasser 20 dollars même 35 dollars chez un confiseur réputé. Malheureusement, la situation est bien différente pour le producteur ivoirien qui vit avec moins de 3 dollars par jour. Tout calcul fait : ce montant lui permet tout juste d’acheter deux pièces de l’assortiment de 24 pièces. D’où le terme la « malédiction de l’or brun » au pays du premier producteur mondial de cacao. Partant s’impose l’urgence de moderniser la filière pour qu’elle profite à tous ses acteurs.


 « L’économie ivoirienne continue de rester dynamique depuis le début de l’année avec l’une des croissances les plus rapides du continent, qui devrait atteindre 7,2 % en 2019, contre 7,4 % en 2018 », note le communiqué de presse de la banque mondiale comme la conclusion de la neuvième édition du rapport sur la situation économique en Côte d’Ivoire hier jeudi par l’institution. « Cette bonne performance s’explique essentiellement par le retour du dynamisme du secteur privé qui avait ralenti en 2016 et 2017 et constitue à nouveau le principal moteur de croissance du pays », poursuit le communiqué.

En effet, intitulé « Au pays du cacao, comment transformer la Côte d’Ivoire », le rapport met en évidence les réformes entreprises par le gouvernement pour améliorer le climat des affaires qui ont encouragé les entreprises à investir davantage en 2018 ». L’étude note toutefois que contrairement aux années 2012-2015, marquées par le dynamisme de l’ensemble du secteur privé, « Toutefois la reprise actuelle se concentre principalement dans les télécommunications, l’agroalimentaire et les bâtiments-travaux public » contrairement aux années 2012-2015 où le dynamisme avait impacté l’ensemble du secteur privé. Au-delà « les contributions des secteurs externe et publics ont été moindres en raison de la détérioration des termes de l’échange et de l’ajustement budgétaire initié par les autorités ».


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« À court et moyen termes, les perspectives restent solides avec, entre autres, une inflation maîtrisée, un déficit public qui devrait se redresser et une augmentation progressive des exportations », explique Jacques Morisset, chef des programmes de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire et principal auteur du rapport. « Plusieurs risques pourraient toutefois altérer ces prévisions, notamment ceux liés à la fragilité de la conjoncture internationale et des marchés financiers et, aux élections présidentielles de 2020 qui risquent d’inciter à la prudence des acteurs économiques et des consommateurs. »

Par ailleurs le rapport invite « le gouvernement à porter une attention particulière à la maîtrise de ses comptes car bien que le déficit public ait diminué de 4,5 % à 4 % du PIB entre 2017 et 2018, cet ajustement s’est principalement traduit par des coupes budgétaires importantes, y compris la diminution des investissements publics, plutôt que par une mobilisation plus forte des recettes fiscales ».

Le rapport ne manque pas de présenter le modèle économique de la Côte d’Ivoire qui repose sur le secteur agricole. Notamment sur la filière cacao dont le pays est premier producteur mondial.  Sur cette filière, le rapport fait un état des lieux inquiétant.

En effet « bien que les récoltes aient quadruplé depuis 1960 pour atteindre plus de deux millions de tonnes en 2018, les conditions de vie des producteurs ne se sont guère améliorées. En 2015, 54,9 % d’entre eux vivaient en-dessous du seuil national de pauvreté. En outre, cette augmentation de la production a été lourde de conséquences pour le patrimoine naturel de la Côte d’Ivoire avec une diminution alarmante des forêts qui n’occupent plus que 3 millions d’hectares contre 12 millions en 1960 », dénonce le rapport. Non sans indiquer que, nonobstant cette paupérisation des producteurs et la destruction de la forêt, « ces défis représentent aussi une opportunité puisqu’ils donnent à la Côte d’Ivoire l’occasion de repenser l’ensemble de la chaîne de valeur du cacao pour transformer son économie ».

Aussi le rapport propose-t-il trois axes d’intervention que sont : « miser sur la technologie pour accroître les rendements et passer d’une croissance extensive à intensive ; établir des mécanismes de traçabilité pour les acheteurs afin de garantir un produit responsable ; et enfin, développer l’industrie locale de transformation ».

« La Côte d’Ivoire a une opportunité unique d’améliorer les conditions de vie de ses producteurs de cacao et créer des emplois le long de la chaîne de transformation tout en restaurant son patrimoine naturel », souligne Coralie Gervers, directrice des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo. Comme pour dire aux uns et aux autres et à tous que l’heure a sonné de passer à la transformation industrielle du cacao. « Il est urgent de moderniser la filière cacao et de faire en sorte qu’elle devienne un véritable vecteur de croissance inclusive. »,recommande fermement le rapport.


Georges KOUASSI

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CÔTE D’IVOIRE : L’urgence de moderniser la filière cacao pour qu’elle profite autant à la nation qu’à tous ses acteurs.

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