CÔTE D’IVOIRE / RGPH 2014: “L’Etat doit encore 900 millions (M) de f CFA au projet RGPH”, annonce l’ex DG de L’INS.


L’ex-Directeur général (DG) de l’Institut national des statistiques (INS), par deux fois, Ibrahima Ba, qui a exécuté les travaux du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) en 2014, s’insurge contre les mauvaises critiques à l’encontre du travail que son équipe et lui ont abattu. Occasion choisie par lui pour annoncer que “l’Etat doit encore 900 M de FCFA au projet RGHP”. Aussi, fait-il des révélations sur la dette laissée par le projet, conduit par le ministre du Plan d’alors, Albert Toikeusse Mabri. Un ministre contre qui le RHDP n’hésite pas à brandir le dossier du RGPH 2014 pour le maintenir dans les rangs.


CI-DESSOUS LA DECLARATION DE IBRAHIM BA

« La Côte d’Ivoire indépendante a fait son premier Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) en 1975 ; il est bon de rappeler qu’elle avait organisé, dans les années 60, une série d’enquêtes démographiques et sociales visant à mieux connaître quantitativement et qualitativement  ses populations.

Ensuite, il eut celui de 1988, qui va devenir le premier de la série décennale, désormais exigée par les Nations Unies, qui demande à chaque pays membre de réaliser un RGPH au moins tous les 10 ans, pour une meilleure connaissance de sa population. Il sera suivi de celui de 1998, le deuxième.

Celui de 2008, n’aura pas lieu à cause de la situation de crise qui avait divisé le pays en deux zones, le SUD sous l’autorité des pouvoirs légaux et le Centre Nord-Ouest (CNO) sous l’emprise de la rébellion.

De report en  report, c’est finalement en 2014 que le 4ième RGPH de la Côte d’Ivoire aura lieu, hors-série décennal, parce que, le pays au sortir de crise en 2010, 2011, est dépourvu de statistiques nécessaires pour la relance des activités et de son développement. C’est le lieu de rappeler qu’il a même été nécessaire de mettre en place le Programme d’Urgence de Production des Statistiques de Base (PU-PSB), sur l’initiative heureuse du Directeur Général de l’INS d’alors, pour pallier cette quasi-absence de statistiques fiables pour la relance de la vie de la nation.

C’est ce 4e RGHP qui a fait et continue de faire couler beaucoup d’encres et de salives que nous voudrions parler en notre qualité non seulement d’acteur principal, mais surtout de sachant, toute modestie à part.

 Oui nous avons, de par notre formation, et par nos compétences professionnelles, le devoir  d’informer les autorités et les populations sur les activités que nous avons conduites, quand cela est nécessaire, ou même pour partager notre part de vérité.

Prévus initialement pour 2012, les préparatifs de ce RGPH, battaient de l’aile depuis, si bien qu’en 2010, il a été nécessaire de mettre en place un Comité de suivi dirigé par le responsable de la Cellule nationale du PPTE, et la Représentante résidente de l’UNFPA  avec pour membres : la Primature, les partenaires au développement et l’INS.

Au moment où, le Comité cherche une personne ressource pour se substituer à l’INS, nous nous sommes rappelé à l’INS pour relancer la production statistique. En notre qualité d’ex représentant de la Primature dans ledit Comité, le dossier du 4ème RGPH fut notre priorité.

Ainsi, dès 2012, les textes sont mis en place, et dès mars 2013, la cartographie censitaire est lancée à la mairie de Port-Bouet, pour prendre fin en Septembre 2013, la phase de dénombrement étant prévue pour début Novembre 2013.

Sur financement principalement national, la cartographie a été achevée fin septembre 2013. Suite à la communication en conseil des ministres qui devait fixer le calendrier du dénombrement (Novembre), le Gouvernement s’est interrogé sur l’opportunité de conduire le RGPH et le Recensement Electoral (RE) en une seule opération certainement pour des raisons de coûts ; ce qui va conduire toutes les structures nationales et internationales  concernées par ces deux opérations (RGPH et  RE) à organiser un séminaire de réflexions de plusieurs jours à Grand-Bassam, pour en sortir avec la recommandation de ne pas conduire les deux opérations simultanément parce que non seulement elles n’ont pas les mêmes logiques et méthodes de  conduite, mais surtout, qu’en période post-crise, il était trop risqué de mettre en œuvre le schéma de 1998.

En effet en 1998, nous avons anticipé sur la confection de la liste électorale de 1990, en ajoutant au questionnaire du RGPH, une fiche dite des Ivoiriens de 14 ans et plus dans la perspective de la généralisation de l’informatisation de la liste électorale qui avait commencé depuis 1980 avec Abidjan, en 1985 avec Abidjan-Bouaké. Cette hypothèse de travail posée par nous – même à l’époque, deviendra une réalité en 1990, avec l’avènement du multipartisme.

Le Gouvernement saisi par les conclusions de ce Séminaire, a accepté de dissocier ces deux opérations  et a autorisé le dénombrement à partir de fin Mars 2014, pour tenir compte des activités préparatoires du dénombrement à savoir l’acquisition des équipements de collecte (prêt du Brésil de 20.000  tablettes et acquisition de 5.000 par la Côte d’Ivoire) et leur formatage, la formations et le déploiement des personnels de terrain, la sensibilisation des populations, la mobilisation des ressources financières nécessaires par l’Etat ivoirien, pour les salaires des personnels de terrain, etc.

A ce stade, il est bon de rappeler que :

1. Pour la Réalisation de ce 4ième RGPH de la Côte d’Ivoire, il a été mis en place un Comité National Présidé par le Ministre en charge des Statistiques, et de la Planification, avec pour Vice-président, le Ministre en charge des Finances et de l’Economie ;

2. La phase de dénombrement initialement prévue pour la fin d’année 2013 (Novembre) du fait du questionnement du gouvernement a été reportée pour fin premier trimestre 2014, avec pour conséquences la nécessaire révision de la cartographie censitaire dans les communes de ABOBO, COCODY, KOUMASSI, PORT- BOUET, YOPOUGON en extension très rapide ; ce qui va induire évidemment les  premiers coûts complémentaires de 581 M de F CFA sur un budget initial de moins de 14 milliards ( Mds) de F CFA.

3. L’appel très tardif du FPI à ses militants de ne pas se faire recenser sans avoir d’impact réel sur la qualité des résultats (parce que prévu comme risque possible pour cette opération technique, donc pris en compte depuis le début des activités et consolidé par des séminaires spécifiques à Daloa et à Agboville ) , va induire à son tour un coût additionnel  de 1.368.275.000 F CFA, parce que des missions des membres du Gouvernement, vont sillonner tout le territoire pour une sensibilisation de proximité, que nous même avions souhaité sans succès au départ ;

4. C’est malheureusement pendant ces missions de haut niveau, qu’il est annoncé aux agents recenseurs, un bonus du tiers de leur salaire à la tâche de recensement de 800 à 1000 habitants pendant 30 jours de travail conformément aux normes internationales en la matière ; soit un autre coût additionnel cette fois-ci ” politique de 1.206.000.000 de FCFA, qui fera porter le BUDGET FINAL DU RGPH 2014 à 15.623.740. 000. de F CFA (15,624 Mds de F CFA).

Ce budget a été financé dans sa majorité par l’Etat de Côte qui a bénéficié des équipements, engins et matériels techniques offerts par l’UNFPA (même si ce n’était pas souvent dans les délais souhaités) n’a pas été réalisé en totalité ; l’Etat doit encore 900 M de FCFA au projet dont 650 aux entreprises et 250 pour des dettes de fonctionnement, comme indiqué dans l’attestation du conseil des ministres numéro 1333/SGG/CM du 5 Août 2015.

Cette attestation du Gouvernement est celle-là même qui reconnaît la qualité du travail fait et recommande dans son dernier alinéa, la décoration dans l’ordre du mérite national des membres de la Direction Exécutive conduite par son Directeur.

Nous saisissons cette opportunité pour dire haut et fort qu’en matière de Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) que :

1. Notre pays est un des rares pays dans le monde qui a vu son recensement être conduit par un cadre national qui soit à son 4ième RGPH, c’est-à-dire qui a fait tous les  RGPH depuis 1975 ;

2. Notre pays est parmi les 5 premiers pays du monde et les 4 premiers du Continent avoir utilisé la Collecte Assistée par Ordinateur (CAO) dans son RGPH 2014;

3. Notre pays est le premier pays du monde, qui a donné les premiers résultats de son RGPH 2014 en moins de 6 mois après la fin du dénombrement (fin du dénombrement le 15 Juin 2014, et les résultats disponibles en fin Septembre 2014,  pour être présentés au Comité National  du RGPH le 15 Décembre 2014) ; Ce record attend d’être battu ;

4. Notre RGPH, malgré les différents surcoûts, reste un des RGPH les moins chers dans le monde entier avec 689,1 F CFA par personne recensée un peu plus que le dollar par personne ;

5. Etc… On pourrait continuer toute modestie à part.

Alors pour nous, le débat sur la qualité du RGPH 2014 est un faux débat, si l’Etat veut faire un RGPH tous les ans ou des fréquences qui lui plaisent, c’est son droit ; mais nous pensons, qu’il a le devoir de reconnaître le travail fait par ses fonctionnaires dans le respect des règles scientifiques en la matière parce que ces experts de l’UNFPA avaient participé à l’audit projet, eux qui voulaient faire faire à la Côte d’Ivoire un recensement de plus de 60 jours, au-delà de cette limite qui n’est d’ailleurs admise que “si au 30e jour, on a recensé plus de 85 % de la population attendue “.

A titre encore d’information, après 30 jours de dénombrement nous étions à 92 % de la population attendue ; nous avons donc arrêté le dénombrement à ABIDJAN, puisque c’est de cela qu’il s’agit, et nous nous sommes retrouvés en fin de compte avec un taux de couverture de 97,4 %  soit une omission probable de 2, 6 % correspondant par ailleurs au taux d’accroissement annuel de notre population de 1998 à 2014. Alors, qui dit mieux, quand notre pays a publié les résultats en moins de 6 mois de la fin du dénombrement !”


Dr. BA IBRAHIMA

Ingénieur Statisticien Démographe

 

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